Politique
RDC : La CENCO et le crépuscule des idoles cléricales (Tribune de Mathieu Ntolo Mutatayi)
Ancien candidat au sacerdoce rompu aux arcanes de l’institution, Mathieu Ntolo Mutatayi est un philosophe et analyste politique qui porte ici le fer de la raison au cœur des idoles qui fragilisent la CENCO.
En réponse à la lettre ouverte de l’abbé Nicolas Yamba Mutombo, il signe une fin de non-recevoir à l’omerta. Laïc engagé et sentinelle de la transparence ecclésiale en RDC, il dissèque l’unité de façade qui ne serait que le linceul des compromissions régionales. Face à la tentative de mise sous tutelle de la parole de Mgr Bernard-Emmanuel Kasanda, il invoque l’exigence radicale du Christ : «Rien n’est caché qui ne doive être découvert » (Mt 10, 26). Une analyse de rupture pour comprendre pourquoi le salut de l’Église congolaise passe désormais par l’audace de la visibilité. Entre diplomatie de l’ombre et souveraineté de la vérité, son article dévoile les enjeux et l’urgence d’une révolution ecclésiologique majeure pour la RDC et l’Afrique.
INTRODUCTION
L’Abbé Nicolas Yamba Mutombo s’érige en gardien d’un temple dont il semble avoir oublié que les fondations sont la Vérité, et non le secret. Sa lettre est un monument de cléricalisme déviant, une tentative de réduire le prophétisme épiscopal à une discipline de caserne.
En s’attaquant à Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, il ne défend pas l’Église du Christ, il défend la nomenklatura ecclésiastique et son droit à l’impunité sous le couvert de la collégialité. Derrière l’élégance du style se cache une ‘’ rhétorique omertale ‘’ que je me propose de démonter en 11 points.
1. LA CAVERNE DE LA CENCO : L’ILLUSION DES OMBRES ETHNIQUES
La CENCO apparaît aujourd’hui comme cette caverne platonicienne où les prélats, enchaînés par leurs intérêts partisans et leurs solidarités tribales, ne contemplent que les ombres d’une fausse unité projetées sur le mur du conformisme institutionnel. Ces ombres sont les communiqués officiels, les sourires de façade et les célébrations liturgiques où l’on simule une fraternité que les nominations tribales démentent en coulisses. La caverne est le lieu du refoulement collectif. On y refoule la haine de l’autre, la peur de perdre sa zone d’influence régionale, et l’on baptise ce refoulement « discrétion ecclésiastique ». Mgr Kasanda, en sortant de la caverne, brise ce confort psychique. Son intervention est perçue comme une agression car elle force les prisonniers de l’ombre à confronter la crudité de la lumière évangélique, laquelle ne tolère aucun « linge sale » caché sous l’autel. Pourquoi l’Abbé Yamba et ses pairs s’accrochent-ils à la caverne ? Parce que l’ombre est protectrice.
Dans la pénombre des officines, le tribalisme peut être géré comme simple épiphénomène de l’influence environnementale sans que les acteurs n’aient à assumer leur responsabilité éthique.Les évêques et leurs thuriféraires, tel l’Abbé Yamba, prennent les silhouettes mouvantes de la caverne pour la réalité de l’Église, s’enivrant des litanies de messages et de simulacres de fraternité alors que le soleil de la Vérité brille à l’extérieur. L’Abbé Yamba est celui qui veut forcer Mgr Kasanda à se rasseoir et à contempler en silence les ombres, qualifiant sa sortie vers la lumière du soleil de « cybercriminalité odieuse ».
L’évêque de Mbujimayi est celui qui a brisé ses chaînes pour sortir de cette pénombre suffocante du tribalisme et de la corruption qui rongent l’institution de l’intérieur depuis des années (purge ethnique de la CENCO contre Oscar Bimwenyi Kweshi et autres par exemple). Mais le génie de Mgr Kasanda réside dans son retour : l’Évêque ne reste pas seul dans sa lumière ; il redescend dans la caverne pour avertir ses frères. C’est là que le drame se noue. Comme dans le mythe, ceux qui sont restés dans l’ombre ne le voient pas comme un libérateur, mais comme un fou ou un traître, un « cybercriminel ».
La haine de l’Abbé Yamba est la haine de l’enchaîné qui refuse que l’on vienne briser le charme de ses illusions tribales. Lorsqu’il revient dans la caverne pour avertir ses pairs, l’évêque est accueilli par l’hostilité et le mépris de ceux qui préfèrent l’obscurité protectrice à l’éblouissement purificateur de la Lumière. L’abbé Yamba, en voulant faire taire ce « philosophe » revenu des hauteurs, prouve que la CENCO est engluée dans une illusion mortifère, préférant ses chaînes dorées à la liberté périlleuse de l’Évangile.
2. LA SERVITUDE VOLONTAIRE : LA BOÉTIE CONTRE LE CLÉRICALISME
L’argument de l’abbé Yamba sur la « révérence due aux pasteurs » est le sommet de ce qu’Étienne de La Boétie dénonçait dans Discours de la servitude volontaire. Pour La Boétie, le tyran n’a de puissance que celle qu’on lui donne par notre propre renoncement. L’abbé voudrait que Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda renonce à sa liberté d’apôtre pour se fondre dans la masse docile des prophètes de sacristie. Habitué à un système où l’on préfère le confort de la chaîne (la solidarité de corps) au feu de de la parole christique, il reproche à un évêque d’être libre. La Boétie nous enseigne : «C’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c’est être autant de fois extrêmement malheureux». En demandant à Mgr Kasanda de se soumettre aux égarements de la CENCO, l’abbé prône une servitude ecclésiale.
« Ils disent qu’ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont vécu ainsi. Ils pensent qu’ils sont tenus d’endurer le mal, s’en persuadent par des exemples et consolident eux-mêmes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent », note La Boétie, paraphrasé dans cette épitaphe attribuée à Pierre-Joseph Proudhon : ‘’Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ’’. L’abbé le confirme, lui qui veut que l’unité soit faite de « sujets » dociles, et non de pasteurs prophétiques. L’abbé demande à un Évêque de rester « à genoux » devant le silence collectif.
Il théorise la servitude volontaire au nom de la « collégialité ».
Pour ce prêtre, l’Église est une hiérarchie de soumission où la vérité doit être « chuchotée ». Or, Mgr Kasanda, en parlant haut, brise ce charme servile qui paralyse l’Église du Congo.
3. L’IMPOSTURE DU « LINGE SALE » : LA GESTION MAFIEUSE DU CAPITAL SYMBOLIQUE
L’abbé Yamba utilise l’adage populaire du « linge sale » pour masquer une opération de préservation mafieuse du capital symbolique du capital (Pierre Bourdieu).
Pour Bourdieu l’Église fonctionne comme un « corps » qui cherche à maintenir la croyance en son caractère sacré qui lui vaut tout (honneur, argent, privilèges). L’Église gère un capital symbolique (la sainteté, l’autorité morale, le sacré). L’argument du linge sale vise à empêcher la dévaluation de ce capital. L’abbé Yamba craint que la révélation des pratiques tribales ne fasse chuter la cote de la CENCO sur le marché de la croyance, car l’Église est traitée comme une entreprise dont il faut protéger la marque commerciale et l’étiquette (‘’branding’’) plutôt que comme le Temple de la Vérité.Mais le linge n’est pas sale parce qu’il est taché, il est « sale » parce qu’il révèle la vérité crue de la gestion humaine derrière l’apparence divine. Mgr Kasanda dénonce cette gestion boursière du sacré : on préfère garder une tunique souillée à l’abri des regards plutôt que d’accepter la purification publique. Le « linge sale » est en réalité la preuve matérielle de la trahison du message évangélique par la caste cléricale. La lettre ouverte de l’abbé se comprend à l’aune de cette illusion. Pour lui, la CENCO est une marque qui ne doit pas être dévaluée.
Il raisonne en gestionnaire d’un monopole spirituel à valeur boursière. S’il invoque le secret du « linge sale », c’est justement pour éviter sa dépréciation et pour conserver sa valeur. Or, en dénonçant les tricheries et le tribalisme, Mgr Kasanda fait s’effondrer la valeur boursière de cette illusion et son prix aux yeux du peuple. L’abbé ne défend pas les âmes, il défend le prestige de la caste. L’analyse par Bourdieu du capital symbolique montre que l’institution cherche toujours à préserver son apparence pour maintenir son monopole sur les consciences. L’abbé ne défend pas l’unité, il défend la valeur marchande de la CENCO.
Par ailleurs la métaphore du linge sale est le refuge historique des structures du péché. Le Christ n’a pas « lavé le linge sale en famille » lorsqu’il a chassé les marchands du Temple ou fustigé l’hypocrisie des docteurs de la Loi. La vérité évangélique, comme toute vérité digne de ce nom, a nécessairement une dimension publique intrinsèque (Jurgen Habermas, Karl-Otto Apel, Ludwig Wittgenstein, John Searle).
En théologie, le péché structurel (le tribalisme) ne peut être traité par les murmures des coulisses, mais par la parole publique, car il corrompt le témoignage public de l’Église. Prétendre que la vérité « scandalise » les fidèles est une insulte à leur intelligence. Ce qui les scandalise, c’est de découvrir que leurs pasteurs gèrent l’Église comme une officine ethnique. Le silence n’est pas une vertu domestique, c’est le linceul de la vérité évangélique.
4. RÉQUISITOIRE POUR LA VÉRITÉ ET DÉMANTÈLEMENT DE L’OMERTA CLÉRICALE
L’insistance de l’abbé sur le « huis clos » et la « discrétion » relève de ce que Michel Foucault nommait la « police des énoncés » au sein des institutions totales. Pour Foucault, le pouvoir ne s’exerce mieux que par l’interdit de parole. En exigeant le « huis clos », l’abbé veut maintenir ce qu’on appelle un régime de vérité fermé. Pour lui, la vérité doit être confinée, domestiquée et soumise à un contrôle hiérarchique strict avant d’être filtrée pour les fidèles, considérés comme d’éternels mineurs incapables de supporter la réalité. Le pouvoir institutionnel s’exerce en définissant ce qui est « dicible » et ce qui doit rester « indicible ». Foucault nous avertit : le secret est l’instrument par excellence de la domination. En voulant criminaliser la publication de l’intervention de Mgr Kasanda, l’abbé tente de rétablir un dispositif de surveillance où la hiérarchie contrôle la circulation de la vérité. Il craint la place publique et ses canaux numériques car elle est le lieu où le masque tombe. Cette volonté de puissance par le secret transforme la CENCO en une citadelle où toute voix dissonante est qualifiée de trahison ou de cybercriminalité. Le dispositif de silence est une « police de la propreté ». Michel Foucault nous apprend que le pouvoir s’exerce par le contrôle de la visibilité. En décrétant que certaines vérités ne doivent pas sortir du huis clos, l’abbé Yamba rétablit un dispositif de surveillance où la hiérarchie décide seule de ce qui est « propre » (diffusable) et de ce qui est « sale » (censurable). Le linge sale est le nom que le pouvoir donne à la vérité qui le dérange. Pour Foucault, le secret est l’espace où la tyrannie s’incube. Mgr Kasanda apporte une ingénierie de la Lumière et affirme qu’il n’y a pas de « linge sale » pour celui qui vit dans la vérité. Il n’y a que des réalités qui demandent à être transformées par l’exposition solaire de la transparence.La lettre ouverte de l’abbé est une matraque assenée contre l’innocent. Car, le véritable scandale n’est pas que le monde sache que les évêques sont des hommes faillibles, mais que certains prêtres préfèrent le mensonge organisé à la purification nécessaire par la lumière.
En exigeant que les dérapages ecclésiaux soient traités dans l’ombre, l’abbé garantit leur pérennité. Mgr Bernard Kasanda, en utilisant le sel de la parole apostolique, brise ce dispositif de contrôle et rend au peuple de Dieu son droit de regard sur la sainteté de ses pasteurs. Le passage du « huis clos » à la « place publique » est une rupture du dispositif de surveillance que l’abbé cherche désespérément à colmater.
5. LA RELIGION DE LA CRAINTE ET LA FIN DES SUPERSTITIONS CLÉRICALES
Pour Baruch Spinoza, la religion devient superstition quand elle sert à faire craindre aux hommes la vérité. L’abbé Yamba utilise la « crainte du scandale » pour paralyser la pensée. « Le grand secret du régime despotique et son intérêt supérieur est de tromper les hommes et de colorer du nom de religion la crainte qui doit les maîtriser » (Traité théologico-politique). L’abbé veut une Église de la crainte. Mgr Kasanda propose une Église de la raison et de la liberté. En dénonçant les « linges sales », l’Évêque de Mbujimayi agit en spinoziste : il cherche la lumière là où l’abbé cherche l’obscurité protectrice.
Pour Spinoza, la religion est dévoyée lorsqu’elle utilise la peur du scandale ou de la division pour maintenir les hommes dans l’ignorance. L’abbé Yamba utilise cette théologie de la crainte pour censurer les voix qui sortent des sentiers battus. Il prétend que la foi des faibles est blessée, mais en réalité, il protège la superstition dans les structures de la CENCO. Spinoza affirme que la fin de l’organisation religieuse doit être la liberté et la vérité. L’abbé, lui, propose une religion de la soumission aux crosses.
En dénonçant les médiocrités et les tricheries, Mgr Kasanda agit en homme libre selon l’évangile et selon la raison spinoziste : il refuse que le sacré serve de couverture à l’arbitraire et au népotisme ethnique. L’abbé Yamba reproche à Mgr Kasanda de « scier l’arbre sur lequel il est assis », il ne sait pas que l’évêque de Mbujimayi n’est y justement pas assis. Pour l’abbé Yamba, l’épiscopat est une position de confort, un « arbre » sur lequel on se repose. Pour Mgr Kasanda, l’épiscopat est une croix. On ne scie pas la croix, on y meurt pour la vérité.
6. L’IMPOSTURE HERMÉNEUTIQUE DE L’ABBÉ YAMBA : LE DROIT CANON MANIPULÉ
L’abbé Yamba manipule les textes du Codex Iuris Canonici (CIC 83) avec le cynisme d’un scribe et la rigidité d’un pharisien. En travestissant malicieusement la lettre pour étouffer l’esprit, il espère abuser d’un public qu’il juge mal informé. Rétablissons la vérité juridique.Sur le Canon 220 (Réputation) : « Il n’est permis à personne de porter atteinte d’une manière illégitime à la bonne réputation d’autrui, ni de violer le droit de quiconque à préserver son intimité ». L’imposture réside dans le collage du mot « illégitime » à l’intervention de Mgr Kasanda. Le droit canonique, en harmonie avec les droits de l’homme, ne protège pas l’impunité sous le masque de l’intimité. Il est licite, moral et impératif d’exposer les dérives et les délits lorsque le bien supérieur de l’Église est en jeu. Dans le cas d’une gangrène tribale, la révélation n’est pas une atteinte, c’est une décontamination et une chirurgie de la vérité nécessaire. La transparence est le prix de la sainteté. L’intimité des prévaricateurs ne saurait primer sur le salut du Corps mystique.Sur le Canon 212 §3 (Droit et Devoir) : « Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes ». Ce canon s’applique aux fidèles. La « révérence » invoquée régit le rapport des laïcs envers leurs pasteurs, et non les relations entre pairs au sein du collège épiscopal. L’abbé occulte le mot DEVOIR. Si Mgr Kasanda parlait en tant que fidèle, il accomplirait un impératif canonique sacré. Mais il parle en tant qu’Évêque, successeur des apôtres et il s’adresse à ses pairs. Mgr Kasanda n’exerce pas une option ; il obéit à une injonction divine.En vertu du Canon 381 §1, chaque Évêque possède tout le pouvoir ordinaire, propre et immédiat requis pour l’exercice de sa charge pastorale. Entre Évêques, il n’existe aucune « distance hiérarchique » (Geert Hofstede) qui imposerait une révérence. La relation est celle de l’égalité (Pares) et le ‘’Power distance Index’’ (PDI) est nul. Un Évêque n’est pas le subalterne d’un autre ; il est co-responsable de la vérité de l’Église. Mgr Kasanda ne tient pas son autorité de la CENCO ni d’un autre Évêque, mais directement de sa charge apostolique. Il demeure souverain dans la dénonciation du mal qui touche le peuple de Dieu. Ce canon dispose qu’il n’y a pas de « Super-Évêque » au niveau national. L’égalité est totale. Toute tentative de l’abbé Yamba de subordonner la parole de Mgr Kasanda à une « révérence » hiérarchique est une hérésie juridique. Aucun « huis clos » ou « comité de sages » ne peut s’interposer entre l’Évêque et la vérité qu’il doit proclamer.
Sur le Canon 1373 (Sédition) : « Qui incite publiquement à la contestation ou à la haine contre le Siège Apostolique ou l’Ordinaire à cause d’un acte d’un office ou d’une fonction ecclésiastique, ou bien qui incite à leur désobéir, sera puni d’interdit ou d’autres justes peines ».
Appliquer ce canon à un Évêque qui réclame la justice à ses pairs est une aberration herméneutique que Paul Ricœur aurait notée zéro sur dix. L’abbé Yamba déshonore ses professeurs en transformant le Droit en instrument de terreur cléricale. Un Évêque qui réclame la lumière n’est pas un factieux, c’est un prophète de la visibilité, il est le garant de la liberté de l’Église face à la capture tribale.
Torturer le Droit pour transformer un cri prophétique en délit ecclésiastique est un déshonneur pour la science canonique. Demander des comptes n’est pas conspirer, c’est restaurer la légitimité d’un pouvoir qui s’égare.
En clair, Mr. l’abbé, votre manipulation des Canons relève d’un pharisaïsme technique qui vide la loi de son esprit pour en faire un instrument de torture intellectuelle. Tirer par les cheveux, comme vous le faites, le Canon 220 sur la réputation pour masquer des péchés publics est une insulte à la jurisprudence de l’Église, qui a toujours placé le bien commun et le salut des âmes au-dessus de la protection des individus. Vous feignez d’ignorer que le Canon 212 §3 impose aux fidèles, et à plus forte raison aux évêques, le DEVOIR d’exprimer leur opinion sur ce qui concerne le bien de l’Église. En transformant un acte de loyauté supérieure envers le Christ en une infraction disciplinaire, vous vous faites l’allié des structures de péché que vous prétendez n’être que des « influences environnementales ».
Votre théologie est une théologie de la caverne, un écran de fumée, destinée à empêcher que la justice ne pénètre dans les couloirs de la CENCO, transformant le Droit en un simple règlement de copropriété. La référence au Canon 1373 est le comble du travestissement sémantique. Ce canon n’est pas écrit en hiéroglyphe translittéré et vous l’utilisez comme une bande dessinée. C’est un attentat littéraire. Bien plus, accuser un évêque d’inciter à la haine parce qu’il dénonce le mal est une perversion juridique sans pareil.
7. LA TRAHISON DU PROPHÉTISME : LE COURTISAN CONTRE LA SENTINELLE
L’accusation de « prophète de cour » lancée contre l’Évêque de Mbujimayi est une projection psychologique flagrante. Le véritable courtisan est celui qui ne parle que pour conforter son propre camp et protéger les privilèges de sa caste. L’abbé Yamba défend la CENCO comme on défend une forteresse politique, oubliant que l’Église est une sentinelle. Il défend une église de lobbyistes qui n’attaque le pouvoir temporel que lorsque ses propres intérêts sont en jeu, tout en pratiquant en interne les mêmes déviances qu’elle dénonce à l’extérieur. Le courage ne consiste pas à attaquer le pouvoir temporel (ce qui est facile et populaire, ce que la CENCO fait tout le temps par opportunisme politique), mais à dénoncer le loup quand il porte la mitre.
Le courage c’est de s’attaquer au pouvoir spirituel dévoyé. Le plus grand courage n’est pas de critiquer le Président de la République, mais de critiquer ses propres frères dans la foi quand ils s’égarent. En s’attaquant au ‘’ ver qui est dans le fruit ‘’, Mgr Kasanda assume la solitude du prophète, tandis que l’abbé Yamba se complaît dans le confort du troupeau institutionnel. La trahison n’est pas de parler, mais de se taire quand la maison de Dieu est transformée en une foire aux ambitions tribales.
8. L’EFFET GALILÉE : LE MARTYR DE LA VÉRITÉ FACE À L’INQUISITION CLÉRICALE
En brisant le dogme du silence institutionnel, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda s’érige en Galilée de l’Église Catholique en RDC, osant affirmer que le salut de l’institution gravite autour de la Vérité et non autour du prestige narcissique de sa hiérarchie. Tout comme l’astronome pisan fut traîné devant le Saint-Office pour avoir dévoilé une réalité physique qui heurtait le géocentrisme confortable des théologiens de son temps, l’Évêque de Mbujimayi est aujourd’hui cloué au pilori par les gardiens de l’ordre clérical parce qu’il a osé décrire la mécanique occulte du tribalisme. L’abbé Yamba, dans sa lettre, rejoue avec une précision glaçante le rôle de l’Inquisiteur : il ne nie pas les faits, il condamne, pince sans rire, le fait de les rendre publics, exigeant une abjuration de la conscience au nom d’une stabilité de façade. Mais la vérité possède une double force d’inertie et de gravité qu’aucune menace pseudo-canonique ne peut entraver ; même si la CENCO tentait de murer Mgr Kasanda dans la coquille du silence ou de discréditer sa parole, le système qu’il a dénoncé continue de se désagréger sous le poids de ses propres contradictions. Le crime de Mgr Emmanuel-Bernard est le crime de Galilée : avoir substitué l’observation des faits aux dogmes de la « famille » et avoir prouvé que l’omerta n’est pas une loi divine, mais une construction humaine destinée à protéger les puissants. Alors que l’abbé Yamba manipule les textes de loi comme des figurines, l’histoire murmure déjà derrière l’Évêque : « Et pourtant, elle tourne ». La vérité possède une force cinétique frontale semblable au fond diffus cosmologique : une fois libérée dans l’espace public, elle ne peut plus être réenchaînée. La « Terre » ecclésiale ne gravite plus autour du soleil noir du tribalisme, mais autour du foyer ardent de la Justice évangélique. Elle ne sera sauvée que par ceux qui, comme Galilée, préfèrent la fureur de la lumière à la sécurité de l’obscurantisme. Le système peut bien condamner le messager, il est incapable d’arrêter la rotation de l’histoire vers la lumière. Comme Galilée, Mgr Kasanda a vu juste : l’Église doit tourner autour du soleil de la Vérité, et non autour des petits arrangements de la Terre.
9. ÉGLISE – CAMÉLÉON
Le fatalisme sociologique de l’abbé, affirmant que l’Église subit « l’influence négative d’une société dominée par les antivaleurs », est une abdication spirituelle totale qui renie la puissance transformatrice de la Grâce. Si l’Église ne fait que refléter le tribalisme ambiant sans le combattre en son sein, elle n’est plus le « sel de la terre » mais un résidu insipide qui mérite d’être foulé aux pieds par les hommes. Justifier l’injustice institutionnelle par la « pollution environnementale » est une insulte au sacrifice des martyrs qui, à travers les siècles, sont morts pour refuser précisément de se conformer aux péchés de leur temps. L’abbé propose une Église-Caméléon, une Église qui s’excuse d’être médiocre sous prétexte que le monde l’est aussi, trahissant ainsi sa mission de sentinelle et de signe de contradiction. Mgr Kasanda, en refusant cette résignation lâche, rappelle que la sainteté n’est pas une option diplomatique, mais une exigence ontologique pour quiconque prétend parler au nom de Dieu.
10. LE SÉISME DE LA VÉRITÉ
L’abbé Nicolas Yamba a tenté de verrouiller la porte de la vérité avec les clés d’un droit canonique dévoyé de son sens, mais il a oublié que la Parole de Dieu n’est pas enchaînée. Son plaidoyer pour le secret n’est que le reflet d’une Église qui craint le regard de son propre Maître, une CENCO qui, à force de jouer les médiateurs politiques, a fini par adopter les mœurs de ceux qu’elle prétend corriger. Mgr Kasanda n’est pas un « cheveu dans la soupe », il est le levain qui fait lever la pâte de la sincérité dans une institution engluée dans ses propres contradictions.
Que la CENCO choisisse enfin de sortir de la caverne des solidarités tribales pour embrasser la lumière du soleil évangélique, car l’histoire ne pardonnera pas à ceux qui ont préféré leur prestige à la justice. La vérité est un feu qui dérange, mais c’est le seul feu qui puisse encore réchauffer le cœur d’un peuple congolais lassé par les masques et les simulacres de ses pasteurs.
Cher abbé Yamba, votre lettre ouverte est le cri d’agonie d’un cléricalisme qui se meurt de sa propre opacité et de son refus de la radicalité évangélique. Cette idée que l’Église est une famille close où le mal doit être géré en secret est précisément ce qui a permis les plus grands scandales de l’histoire ecclésiastique récente.
Aujourd’hui, le Peuple de Dieu exige une « Église maison de verre », où la lumière de la vérité purifie chaque recoin, et non un sépulcre blanchi dont on cache la putréfaction intérieure par des rites somptueux. Vous auriez voulu que l’Évêque de Mbujimayi « chuchote » ses griefs dans des couloirs où l’oreille est sélective et le cœur endurci.
Non, soyons clair : le temps de la diplomatie ecclésiastique est révolu face à l’urgence de la conversion. La vérité ne divise pas l’Église ; elle sépare seulement ceux qui aiment la lumière de ceux qui préfèrent les ténèbres, et cette séparation est le début nécessaire de toute véritable réconciliation nationale et ecclésiale.Le temps est venu où le peuple des fidèles et le bas-clergé doivent cesser de confondre la majesté des soutanes avec la sainteté des cœurs. Mgr Kasanda a sonné le glas de l’hypocrisie : nous refusons désormais une paix bâtie sur le cadavre de la vérité et une unité qui n’est qu’un pacte de non-agression entre des puissants qui se partagent les diocèses comme des fiefs.
La résurrection commence par l’aveu des blessures, non par leur dissimulation ; elle exige que nous sortions enfin de la « caverne » platonicienne des solidarités tribales pour embrasser la lumière d’un Évangile qui ne connaît aucune frontière de sang ou de langue. Nous refusons cette « servitude volontaire » où la révérence due aux pasteurs sert de masque à une obéissance aveugle envers des structures de péché. L’Église de la Résurrection est une maison de verre, une communauté de transparence où la collégialité signifie coresponsabilité et non complicité de silence.
Le droit doit être au service de la charité et de la vérité, et non le bras séculier d’une inquisition cléricale déterminée à protéger son prestige au détriment de sa mission.
11. LE VERDICT DE L’HISTOIRE
L’abbé Yamba et les tenants de l’omerta ont déjà perdu, car on ne peut pas emprisonner une idée dont l’heure est venue. Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda restera dans l’histoire comme celui qui a osé dire que « le roi est nu », tandis que ses accusateurs ne seront que des notes de bas de page dans le récit de la longue marche de l’Église congolaise vers sa propre libération. La résurrection n’est pas un retour en arrière vers le confort du tombeau, c’est une explosion de vie qui brise la pierre des dogmes de la « caste » pour instaurer le règne de la Vérité. L’acte de Mgr Emmamuel-Bernard convoque chaque voix qui s’élève du terroir pour dénoncer.
La CENCO ne se réformera pas d’en haut, par des commissions et des huis clos ; elle sera sauvée par la base, par cette marée de vérité qui refuse désormais de se laisser gouverner par la peur et la superstition institutionnelle. Mgr Kasanda, notre Galilée national, a prouvé que la vérité « tourne » malgré les dénis des inquisiteurs ; il nous appartient maintenant de faire tourner le monde ecclésial autour et vers le Christ en exigeant des réformes structurelles et morales qui garantissent l’équité et la vie pour chaque clerc, du plus humble au plus illustre.
Nous ne voulons plus d’une Église de quotas régionaux et des agendas obscurs, mais d’une Église de disciples où l’Esprit Saint est le seul critère de discernement et de reconnaissance. En « roulant la pierre » du silence en pleine période de carême, Mgr Kasanda a opéré un acte pascal. Il nous enseigne que l’Église ne ressuscite que lorsqu’elle accepte d’être vue dans sa nudité, sans le linceul des mensonges diplomatiques. Le tombeau du Christ est le symbole ultime du secret et de l’enfermement institutionnel. La Résurrection, c’est la pierre roulée : le passage de l’obscurité du huis clos à l’éblouissement de la lumière publique.
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