Gouvernement Union sacrée : une sélection basée sur son affiliation politique et tribale sans considération de la compétence condamne le pays à la médiocrité ( UDPS Luc Kabunangu)

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Introduction

Depuis la fin de l’année 2020, sous l’impulsion de son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, l’environnement politique en République Démocratique du Congo (RDC) subit une mutation remarquable, notamment par la création de l’Union Sacrée de la Nation (USN), au sein de laquelle se mobilisent les forces vives de la nation, et ce, pour assurer l’exécution du programme du Chef de l’Etat.

Ce changement vise l’amélioration de la gouvernance et entraîne un réajustement dans la manière de gérer les deux chambres du Parlement ainsi que le Gouvernement central dans ce nouvel esprit de l’USN où sont impliqués notablement les partis politiques et la société civile, comme porteurs de cet idéal « Le Peuple d’abord ».

La création de l’Union Sacrée de la Nation a été reçue avec enthousiasme au sein de la population et la classe politique. Elle a suscité un engouement particulier dans la classe politique avec pour conséquence, le réalignement de différents partis et groupements politiques ainsi que des personnalités politiques.
Le réalignement politique impose des changements dans la direction des institutions de la République, particulièrement en ce qui concerne la refondation de la majorité parlementaire dans les deux chambres du parlement, l’installation d’un nouveau bureau du Sénat, et la configuration du Gouvernement central.

A cet égard et pendant ce temps, d’intenses discussions se tiennent dans les quartiers généraux des partis et regroupements politiques, et des tractations se font dans la classe politique pour s’assurer des postes au sein du bureau du Sénat et de la nouvelle équipe exécutive.

En même temps, la Task Force de l’USN s’attèle à finaliser le critérium de nomination des membres de l’exécutif national. Trois critères reviennent dans l’opinion publique pour la sélection de l’exécutif national. Ces critères ont particulièrement retenus notre attention. Il s’agit du poids politique, de la réclamation des postes des ministres et mandataires des entreprises du portefeuille de l’état et des dirigeants des services publics par des groupes tribaux et régionaux, et la demande de nomination sur base des critères de mérite.
Ces trois critères sont déterminants pour la qualité de l’exécutif national et son rendement. Le Président s’est engagé sur ce schéma de la refondation de la majorité parlementaire ainsi que la recomposition du Gouvernement central, raison majeure de la création de l’USN, dans le souci d’améliorer la gouvernance du pays et assurer le bon service auprès de la population. La composition du Gouvernement est donc déterminante au regard de sa capacité d’exécution du programme de l’USN. Notre réflexion est articulée autour de ces trois critères en comparaison avec la philosophie appliquée pour la sélection des léopards du Congo.

Notons en passant l’incident des attaques des présumés Bakata Katanga ce dimanche 14 Février 2021 à Lubumbashi, capital de la province du Haut-Katanga. Cet incident peut ne pas être isolé des évènements qui sont d’actualité dans le pays.

Contexte
La Task Force de l’USN n’a pas publié le critérium de sélection des membres de la nouvelle équipe exécutive de l’USN. Mais de plus en plus des voix s’élèvent dans la sphère politique et le public en général pour proposer des critères de sélections. Dans le camp politique naturellement, le poids politique constitue un atout majeur pour la participation au Gouvernement. Ce critère y raisonne beaucoup.
Le poids politique est déterminé par le nombre de parlementaires élus pour un parti ou regroupement politique au niveau du parlement. Les élections de 2018, avec toutes les controverses que nous connaissons ont produit les résultats que voici : L’UDPS, l’un des plus vieux et grands partis sur la scène politique congolaise vient en quatrième position après le PPRD, Ensemble et AFDC-A, avec presque le même nombre des députés nationaux que le parti AAB. Le PALU-A, un autre vieux parti, arrive en dixième position avec 17 députés, alors que L’UNC de Vital Kamerhe vient en onzième position derrière des partis comme AAB, AABC, AA-a et ADRP, tous membres du FCC, plateforme de l’ex Président de la République Joseph Kabila Kabange. (Source Hon. AYOB : PPRD 117 ; Ensemble 76 ; AFDC-A 41 ; UDPS 32 ; AAB 30 ; AABC 23 ; AA-a 22 ; ADRP 22 ; MLC 22 ; PALU-A 17 ; UNC 16). Les personnalités politiques telles que Franck Diongo, Diomi Dongala, Muyambo Kiassa et tant d’autres seraient des poids politiques zéros dans cette configuration et considération.

L’Article 78, de la Constitution de la RDC stipule que « Le Président de République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci ».
La Constitution reconnait le poids politique parlementaire pour la nomination du Premier ministre, Chef du Gouvernement. Celui-ci est nommé à la discrétion du Président de la République au sein de la majorité parlementaire, le cas échéant, au sein de l’Union Sacrée de la Nation qui constitue la nouvelle majorité parlementaire. Mais l’USN s’est constituée des partis et groupements politiques avec les mêmes nombres des parlementaires gagnés aux élections de 2018.
D’autres voix s’élèvent dans la classe politique et la société civile pour réclamer des postes au Gouvernement central sur bases des origines tribales et régionales.

L’Article 90 de la Constitution stipule que « la composition du Gouvernement tient compte de la représentativité nationale ». Ce qui voudrait que l’exécutif national soit ouvert à toutes les compétences congolaises équitablement, sans discrimination négative. Les discussions dans l’opinion publique pour le poste de Premier ministre ont opposées une candidature du Katanga contre le Kivu et le Nord-Ouest, en guise de réaliser l’équilibre régionale dans la direction des Institutions de l’état. Mais qu’est qui pouvait départager les candidats en provenance de ces différents coins? La nomination ce lundi 15 Février 2021 de monsieur Jean-Michel Lukonde Sama a répondu à ce critère de représentation régionale.

D’autres voix encore, à l’instar de monsieur Noël Tshiani, candidat à la présidence de la République aux élections de 2018 dans sa déclaration reprise sur médiacongo.net le 8 Février dernier, insistent sur un privilège pour la méritocratie et la technicité en lieu et place du poids politique. Le souci étant de réunir les compétences requises pour chaque poste. «…il y a des gens qui peuvent servir le pays sans avoir ce qu’on appelle poids politique… » arguait Noël Tshiani.

Notons que la méritocratie et la technicité ne s’opposent en rien au poids politique et à la représentativité nationale. Le souci majeur étant le critère de compétence qui devrait prévaloir plus que les deux autres, pour répondre aux défis relevés par le Président de la République qui se résument dans la résolution des problèmes de la population qui du reste ne sont pas de moindre.

Ces deux derniers critères nous rappellent la sélection nationale du football, les léopards de la RDC. Les léopards congolais sont ouverts à tous les joueurs congolais qui qualifient selon leur qualité de jeu et le besoin de complémentarité des membres de l’équipe sans discrimination négative. Ce principe, nous semble t’il, devrait aussi animer la composition du Gouvernement central. Le pouvoir central est de vocation nationale.

L’Article 91 de la Constitution stipule que « Le Gouvernement conduit la politique de la nation ». Les provinces et entités territoriales décentralisées rapprochent le gouvernement des gouvernés et devrait ainsi assurer la résolution rapide des problèmes de la population au niveau local.
Le pouvoir central, à l’instar des léopards du Congo, représente la nation entière et, à part la particularité inhérente dans la discipline de chaque, leurs membres sont choisis sur base des mêmes principes axés sur les bons résultats des objectifs assignés.
Cependant la sélection des léopards ne pose pas autant de controverse que celle de l’exécutif national. Rarement des voix s’élèvent dans tous les coins du pays pour réclamer l’inclusion des joueurs dans l’équipe nationale selon leurs origines ou sur base de leurs équipes de provenance selon le classement national. Rares sont aussi des voix qui s’élèvent pour soutenir un joueur mal performant pour sécuriser sa place sur terrain ou dans l’équipe nationale.
Quelles sont alors les raisons qui motivent des réclamations sur base des critères énoncées ci-haut face aux objectifs clairs du bien-être de toute une nation pour le cas du Gouvernement central?

Problématique et risque
La République Démocratique du Congo est à la croisée de chemin avec un bilan mitigé pour les deux premières années de la présidence de Félix Tshisekedi en ce qui concerne le rendement du Gouvernement central. La recomposition du Gouvernement est une solution dans le processus d’amélioration de la gouvernance au service de la population. Des mauvais critères de sélection, où des critères mal appliqués résulteront dans le mauvais choix des membres du Gouvernement qui ne pourra pas réaliser les objectifs assignés par le Chef de l’état pour l’amélioration de la gouvernance du pays au profit du peuple.
Les mauvais critères condamneront le peuple au statuquo si pas à une détérioration exponentielle de la qualité de vie du congolais, avec des conséquences socio-économiques désastreuses qui pourraient culminer dans une instabilité plus fâcheuse qu’on ne l’imagine.
La politisation à outrance de la gestion de la République et la promotion incontrôlée des origines des candidats dirigeants comme critères de sélection prédominants, augmentent le clientélisme, népotisme, tribalisme et régionalisme. Couplé avec des crises de compétence et d’éthique professionnelle, la recette pourrait être désastreuse pour la vision du peuple d’abord.

Proposition
Dans le passé les critères prédominants dans la sélection des membres du Gouvernement central et les organismes publics étaient essentiellement l’affiliation politique et les appartenances régionales et tribales qui ont condamné des milliers des congolais capables, à l’exclusion de la gestion des affaires de l’état. Les exemples sont légions où les membres des familles, sans avoir l’affiliation politique du responsable, et dans beaucoup des cas, sans expérience requise, étaient engagés à certains postes où des congolais capables ne pouvaient pas accéder.
Notons cependant que méritocratie et technicité ne sont pas mutuellement exclusives avec l’affiliation politique et les origines des individus. Dans tous les partis politiques, je suppose, et dans toutes les tribus et provinces de la RDC, on devrait retrouver du capital humain valable.
Toutefois, une sélection basée essentiellement sur son affiliation politique et/ou tribale ou régionale, sans considération de la compétence (qualification, expérience et éthique professionnelle) et la complémentarité dans l’exécutif national, condamne le pays à la médiocrité. Dans son tweet du 13 Février 2021, en réaction au tweet de monsieur Honoré Mvula, le doyen de l’UDPS, monsieur Jean-Louis Kalambaie N’gala rétorque sur la question de la sélection du Premier ministre principalement sur base de ses origines de la manière suivante: « C’est cela la beauté de l’arithmétique politique avec ses quatre opérations fondamentales en RDC ; la représentativité selon le poids politique, le clientélisme, le régionalisme et la routine. L’USN mis en place, l’arithmétique a changé ses termes. Le résultat ne sera plus le même ; seul PR05 le comprend ».
A l’instar de notre équipe nationale de léopards, qui est un symbole d’unité nationale qui promeut la représentativité basée sur la méritocratie des joueurs, nous aimerions proposer la même philosophie pour la sélection des dirigeants de ce pays. Ils sont notre image et font notre fierté lorsqu’ils prestent à la hauteur de leur responsabilité. Jamais nous n’avons entendu des voix s’élever pour réclamer l’inclusion dans le onze national, si ce n’est sur base de mérite. C’est l’exclusion discriminatoire des joueurs sur base des critères suspects qui interpelle et suscite une opposition. Le souci étant d’avoir la meilleure équipe possible, sous le coach de meilleurs sélectionneurs possibles, avec un programme et une stratégie de jeu destinées à livrer un rendement positif, la victoire des léopards.
Les léopards constituent un exemple sur la qualité organisationnelle de notre sport, la qualité des talents que regorge le pays, la gestion de ces talents, la discipline, la concentration pour réaliser les objectifs assignés selon la compétition. Ils constituent notre fierté ou notre honte et humiliation selon leur conduite et prestation face à la mission qui leur incombe.

Les réclamations des postes sur bases des origines sont plus alarmantes d’autant plus que l’état congolais est fédéré pour rapprocher les gouvernants des gouvernés pour plus d’efficacité de gouvernement au niveau local.
Au-delà des gouvernements provinciaux et des entités territoriales décentralisées, l’Assemblée nationale dont les députés sont élus par circonscriptions répandues sur toute l’étendue de la République, a la responsabilité de contrôler le Gouvernement, les entreprises publiques ainsi que les établissements et les services publics pour le compte de toute la population. Chaque province est équitablement représentée au parlement avec la possibilité d’interpeller l’exécutif national sur des questions provinciales qui ne trouvent pas leur compte au niveau national. En plus, le Sénat, qui selon l’Article 104 de la Constitution qui stipule que : « Le sénateur représente sa province, mais son mandat est national », a la vocation particulière de représenter la province au niveau national.
Le citoyen congolais devrait s’assurer de diriger ses revendications constructives vers les organes habilités plutôt que d’alourdir la gouvernance du pays par des critères inutilement partisans au détriment de son bien-être.

Conclusion
Le critérium de composition du Gouvernement central de l’USN doit être crédible et élaboré dans l’objectif de produire un Gouvernement responsable, efficace et efficient, en conformité avec la lettre et l’esprit de la Constitution ; Sans exclusion discriminatoire, surtout sans verser dans le parti-pris inutile, le clientélisme, le tribalisme et le régionalisme. A l’instar des léopards, l’équipe gouvernementale devrait susciter l’estime et la fierté des congolais, promouvoir l’unité nationale et l’image du pays, et œuvrer pour les meilleurs résultats possibles en toutes circonstances.

Les critères de méritocratie et technicité doivent être plus privilégiés que le poids politique et les origines des candidats qui devraient être secondaire et pas impératifs.

Luc Kabunangu Katay Sheba ,membre de l’UDPS et de l’Association des Jeunes Professionnels de l’UDPS (AJPRO/UDPS)

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